Cet article a été rédigé par le Service des questions judiciaires et pénitentiaires (JCS) du Département des opérations de paix (DPO) des Nations Unies, qui soutient le travail des opérations de maintien de la paix et des missions politiques spéciales, ainsi que d'autres entités des Nations Unies, en vue de renforcer l'État de droit et les systèmes de justice pénale, y compris les tribunaux et les prisons.
Dans certains contextes de maintien de la paix, les groupes armés attaquent les prisons dans le cadre d'une stratégie délibérée. Leur objectif peut être de libérer des détenus dangereux et de déstabiliser les communautés ou de libérer leurs propres membres et de renforcer leurs rangs en contraignant les détenus nouvellement libérés à les rejoindre. Dans d'autres cas, les prisonniers s'évadent pour échapper à des conditions de détention déplorables. Quelles qu'en soient les raisons, une seule évasion massive peut considérablement retarder ce que le maintien de la paix a mis des années à accomplir.
« Les Casques bleus risquent leur vie pour s’opposer aux groupes armés et protéger les civils, mais sans un système carcéral fonctionnel, des détenus à haut risque peuvent parfois tout simplement s’en aller », alerte Robert Pulver, chef du Service des questions judiciaires et pénitentiaires au Département des opérations de paix (DPO) des Nations Unies.
Des prisons efficaces et bien gérées sont essentielles à la sécurité publique et à une paix durable. Lorsque les prisons ne sont pas sécurisées, elles peuvent devenir des cibles pour les groupes armés. Lorsqu'elles sont surpeuplées, et qu'elles manquent de ressources ou qu'elles sont inhumaines, elles peuvent devenir des foyers de violence, d'évasions massives et de radicalisation, compromettant ainsi des efforts de paix déjà fragiles. « Sans prisons sûres, sécurisées et humaines, il ne peut y avoir ni ordre public, ni État de droit. La vie des civils est mise en danger et la paix reste menacée », affirme M. Pulver.
Le coût de l'inaction
En janvier, des offensives de groupes armés en République démocratique du Congo (RDC) ont entraîné des évasions de prison, notamment dans les villes de Goma, Bukavu et Kabare. Plus de 7 000 détenus se sont échappés, dont plus de 4 500 étaient considérés comme à haut risque. Certains étaient membres de groupes armés, d'autres avaient été condamnés pour crimes contre l’humanité, crimes de guerre ou violences sexuelles liées aux conflits. Certains sont toujours en fuite, proférant des menaces à l’encontre des victimes et des personnes ayant participé aux procédures judiciaires engagées contre eux. D'autres ont réintégré des groupes armés, parfois à des postes de commandement.
À Bangui, capitale de la République centrafricaine (RCA), la prison de Ngaragba accueillait plus de cinq fois sa capacité prévue, entraînant des pénuries alimentaires, des décès liés à la malnutrition et une aggravation des risques sanitaires et sécuritaires. La prison centrale de Makala, à Kinshasa (RDC), a été conçue pour accueillir 1 500 détenus, mais en comptait près de dix fois plus lorsqu’une évasion s’est produite en septembre dernier. Des prisons comme celles-ci « sont des bombes à retardement », déclare M. Pulver, exposées à un risque beaucoup plus élevé d’évasions massives.
Dans les contextes touchés par les conflits, les évasions de prison réduisent à néant les efforts déployés par les missions pour retirer des individus dangereux des communautés et les tenir responsables de leurs actes. Elles sapent la confiance dans la capacité de l'État à maintenir l'ordre et exacerbent les cycles de violence, en particulier lorsque des acteurs armés exploitent les évasions de prison pour faire avancer leur cause.
La construction de prisons sûres
Avec le soutien des États Membres, les missions de maintien de la paix des Nations Unies aident les autorités nationales des pays touchés par un conflit à améliorer la gestion et la sécurité des prisons. En RDC, le maintien de la paix des Nations Unies a soutenu l'installation de systèmes de surveillance, comme la vidéosurveillance et les drones, l'amélioration des infrastructures et l'élaboration de protocoles d'intervention d'urgence. En RCA, nous avons soutenu des examens de santé pour plus de 2 000 détenus, les aidant à obtenir un traitement pour les maladies et la malnutrition par l'intermédiaire du Comité international de la Croix-Rouge. Au Kosovo, nous avons soutenu des programmes de réhabilitation pour les détenus.
Actuellement, 28 États Membres fournissent du personnel pénitentiaire aux missions de maintien de la paix et aux missions politiques spéciales pour contribuer à ces efforts. Ces agents contribuent à la formation du personnel pénitentiaire national dans des domaines clés tels que la prévention de l'extrémisme violent et des évasions de prison. Cependant, de nombreux défis subsistent en raison du manque de ressources, ce qui compromet les objectifs de sécurité que les Casques bleus s’efforcent d’atteindre.
Renforcer le soutien
Le Canada, le Rwanda et la Suède coprésident le Group of Friends of Corrections in New York (Groupe des amis des services pénitentiaires dans le cadre des opérations de paix), afin d'obtenir davantage de soutien politique, d'expertise et de ressources pour cet aspect souvent négligé des opérations de paix.
La Conférence ministérielle des Nations Unies sur le maintien de la paix qui s’est tenue à Berlin en mai 2025 a offert une occasion clé aux États Membres de renforcer ces efforts. Les participants y ont annoncé des contributions essentielles, notamment du personnel pénitentiaire formé ainsi que du matériel comme des équipements de protection et des détecteurs de métaux.
Ce soutien contribuera à transformer des prisons représentant un risque pour la sécurité en piliers de la paix et de la sécurité publique.
